GAZETTE 011 - Île de Jeju, Vivre avec la mer

 BREAKING NEWS


N’011 – 12 Juillet, 2026


La Gazette des Expos



CENTRE CULTUREL CORÉEN

Collection Temporaire

Au Centre Culturel Coréen de Paris, l'exposition Île de Jeju, vivre avec la mer invite les visiteurs à découvrir l'une des régions les plus emblématiques de Corée du Sud. Située au sud de la péninsule, l'île volcanique de Jeju est reconnue par l'UNESCO pour la richesse  de ses paysages, mais aussi pour son patrimoine culturel unique, profondément lié à la mer.

Le parcours met à l'honneur les haenyeo, les célèbres plongeuses de Jeju. Depuis des générations, ces femmes récoltent coquillages, oursins et autres ressources marines en apnée, parfois à plusieurs mètres de profondeur et sans équipement respiratoire. 

Leur savoir-faire, transmis de mère en fille, repose sur des valeurs de solidarité, de respect de la nature et de gestion durable des ressources. Cette tradition est aujourd'hui inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.


NOTRE AVIS : 

Notre avis sur cette exposition est partagé. Nous avons apprécié la diversité des œuvres présentées, qui offrent chacune un regard différent sur le patrimoine des haenyeo. Les textes de salle sont riches et permettent de mieux comprendre l'histoire, les traditions et les enjeux qui entourent ces plongeuses emblématiques de l'île de Jeju.

En revanche, nous avons regretté le manque d'informations spécifiques sur certaines œuvres. Si le contexte général de l'exposition est très bien expliqué, les cartels restent parfois trop succincts et ne permettent pas toujours de saisir pleinement les intentions des artistes ou les détails de chaque création. Quelques explications supplémentaires auraient enrichi l'expérience de visite.

N’011 – 12 Juillet, 2026

Île de jeju, vivre avec la mer



Dossier de presse, Île de jeju, vivre avec la mer, 
Centre Culturel Coréen, Paris, ©Centre Culturel Coréen

Une exposition entre patrimoine et création

Photographies, vidéos, objets du quotidien, œuvres contemporaines et témoignages composent un parcours à la fois artistique et documentaire. Les visiteurs découvrent les paysages volcaniques de Jeju, les gestes précis des plongeuses et leur lien intime avec l'océan, tout en comprenant les défis auxquels cette tradition est confrontée aujourd'hui.

L'exposition donne également la parole à plusieurs artistes ayant un lien fort avec l'île de Jeju. Leurs créations offrent un regard sensible sur ce territoire où la nature, la mémoire et les traditions dialoguent avec la création contemporaine. Cette diversité de points de vue permet de dépasser les clichés et de montrer une île en constante évolution, entre héritage ancestral et modernité.

Enfin, le parcours se prolonge par une installation immersive consacrée aux paysages de Jeju. Grâce au vidéo mapping, aux projections et à une ambiance sonore enveloppante, le visiteur est transporté au cœur de cette île façonnée par le vent, les volcans et la mer. Cette expérience sensorielle conclut la visite en offrant une nouvelle manière de ressentir la beauté et la force de ce territoire exceptionnel.

À travers Île de Jeju, vivre avec la mer, le Centre Culturel Coréen propose bien plus qu'une exposition ethnographique. C'est une véritable invitation au voyage, à la rencontre d'une culture où la mer façonne les paysages, les traditions et la vie quotidienne depuis des siècles.


QUESTIONS/RÉPONSES SUR L'EXPOSITION

Qui sont les Haenyeo ?
Les Haenyeo sont des plongeuses traditionnelles de Jeju. Depuis des siècles, elles récoltent coquillages, algues, poulpes et oursins en apnée, sans bouteille d'oxygène, parfois jusqu'à 20 mètres de profondeur.

Que racontent les œuvres de l'exposition ?
Les photographies, vidéos et créations contemporaines montrent la vie quotidienne des Haenyeo, les paysages de Jeju, mais aussi les liens profonds entre les habitants, la nature et l'océan.

Quels défis rencontrent aujourd'hui les Haenyeo ?
Le nombre de plongeuses diminue avec le vieillissement de la population et le manque de relève. À cela s'ajoutent les effets du changement climatique, qui modifient les ressources marines et rendent leur activité plus difficile.

Quel est le message principal de l'exposition ?
L'exposition rappelle que les traditions ne sont pas figées dans le passé. Elles continuent de vivre, de s'adapter et d'inspirer les artistes comme les habitants, tout en soulignant l'importance de préserver ce patrimoine exceptionnel.



Fragment d’Oeuvre

Île de Jeju, vivre avec la mer

Tewak Mangsari (bouée et filet),
Kang Jinju, 2025
 ©Centre Culturel Coréen
Tewak Mangsari (bouée et filet)

Kang Jinju, Tewak Mangsari (bouée, filet), 2025


Avec Tewak Mangsari, l'artiste coréenne Kang Jinju rend hommage à l'un des objets les plus emblématiques des haenyeo, les célèbres plongeuses de l'île de Jeju. Présentée dans la série Outils des haenyeo (2025), cette œuvre met en lumière un équipement indispensable à leur pratique quotidienne : le tewak, une bouée flottante, associé au mangsari, le filet dans lequel sont déposés les coquillages, ormeaux et autres récoltes marines au fil de la plongée.




Salle d’exposition Outils des haenyeo,
2025, ©Centre Culturel Coréen

À première vue, l'objet séduit par sa simplicité. La bouée rose, enveloppée d'un filet vert, possède une esthétique sobre qui contraste avec l'extrême exigence du métier qu'elle accompagne. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un véritable compagnon de travail. Relié à la plongeuse, le tewak lui permet de se reposer entre deux apnées, de signaler sa présence à la surface et de transporter les fruits de sa récolte. Il devient ainsi le prolongement du corps de la haenyeo et le témoin silencieux de son quotidien.

Par cette œuvre, Kang Jinju dépasse la simple présentation d'un outil traditionnel. Elle s'intéresse au lien affectif qui unit les plongeuses à leurs objets, marqués par les gestes répétés, le temps et l'expérience. Chaque filet réparé, chaque bouée usée raconte une histoire de transmission, de persévérance et de respect de la mer. Son regard artistique transforme cet objet utilitaire en symbole d'un patrimoine vivant, transmis de génération en génération.



Focus Scénographie

Île de Jeju, vivre avec la mer

Plonger dans l’espace

Morceaux d’exposition, Île de Jeju,
 vivre avec la mer, Centre Culturel Coréen
, Paris ©Centre Culturel Coréen



L'un des principaux points forts de cette scénographie réside dans son alternance de dispositifs. Les objets authentiques : vêtements de plongée, bouées, filets et outils utilisés par les haenyeo sont régulièrement mis en dialogue avec des photographies grand format, des films documentaires et des installations vidéo. Cette diversité évite la monotonie et permet au visiteur de passer constamment d'une approche documentaire à une approche artistique.

La scénographie met également l'accent sur l'émotion. Les portraits photographiques des plongeuses, les paysages de Jeju et les projections audiovisuelles créent une proximité avec ces femmes et leur environnement. Plutôt que d'expliquer uniquement leur métier, l'exposition cherche à faire ressentir leur relation intime avec la mer, leur quotidien et la transmission de leurs savoir-faire.




La vidéo comme prolongement de la scénographie

Vidéo/Film présent dans l’exposition ,
©Photographie de l’auteur




L'un des aspects les plus intéressants de la scénographie de Île de Jeju, vivre avec la mer réside dans l'intégration des œuvres vidéo au sein du parcours. Loin d'être de simples compléments documentaires, les projections occupent une place centrale dans la visite et permettent d'apporter une dimension sensible que les objets seuls ne pourraient transmettre. Elles montrent les haenyeo en mouvement, les paysages volcaniques de Jeju, le rythme des vagues et les gestes précis de la plongée, plongeant le visiteur dans un univers où l'image animée devient un véritable outil de médiation.

La scénographie démontre ainsi que la vidéo n'est pas uniquement un support d'information, mais un véritable élément de mise en scène. Elle apporte du rythme au parcours, rompt avec la contemplation statique des œuvres et donne à voir un patrimoine vivant. En faisant dialoguer les images en mouvement avec les objets exposés, l'exposition restitue toute la richesse du lien qui unit les haenyeo à la mer et renforce l'émotion ressentie par le visiteur.




Dans les coulisses de la scénographie


Outils des haenyeo, 2025, ©Photographie de l’auteur

Les objets de leur quotidien au cœur de la scénographie : raconter les haenyeo par leurs gestes

L'un des choix scénographiques les plus marquants de l'exposition Île de Jeju, vivre avec la mer est la place accordée aux objets du quotidien des haenyeo. Plutôt que de les présenter comme de simples artefacts ethnographiques, la scénographie les intègre dans un parcours où ils dialoguent avec les photographies, les vidéos et les œuvres contemporaines. Chaque objet devient ainsi le témoin d'un savoir-faire et d'un mode de vie transmis de génération en génération.

Le visiteur découvre les vêtements de plongée, les bouées (tewak), les filets (mangsari) et les outils de récolte utilisés quotidiennement par les plongeuses. Présentés à hauteur de regard et associés à des images montrant leur utilisation en mer, ces objets prennent une dimension humaine. Ils ne sont plus de simples pièces de collection : ils racontent le travail, l'endurance et la relation intime que les haenyeo entretiennent avec l'océan.

Cette mise en scène permet également d'éviter une vision figée du patrimoine. Les outils ne sont pas présentés comme les vestiges d'un monde disparu, mais comme les témoins d'une culture encore vivante, bien que fragilisée. La scénographie rappelle ainsi que derrière chaque bouée, chaque filet ou chaque combinaison se trouve une femme, une histoire familiale et un savoir-faire reconnu par l'UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité.

En plaçant ces objets au centre du parcours, l'exposition réussit à faire comprendre que le patrimoine des haenyeo ne réside pas uniquement dans les paysages de Jeju, mais aussi dans les gestes quotidiens, les outils de travail et les traditions qu'ils incarnent. Cette approche scénographique transforme des objets ordinaires en véritables passeurs de mémoire, offrant au visiteur une rencontre sensible avec l'univers des plongeuses de Jeju.


QUESTIONS/RÉPONSES SUR LA SCÉNOGRAPHIE : 

Pourquoi la scénographie mêle-t-elle autant d'œuvres contemporaines et d'objets patrimoniaux ?
Ce choix permet de raconter la culture des haenyeo sous plusieurs regards. Les objets authentiques témoignent de leur quotidien, tandis que les œuvres contemporaines apportent une interprétation artistique de leur relation à la mer, à la mémoire et au paysage.


Quel est l'intérêt d'alterner photographies, vidéos, objets et installations ?
Cette alternance rend la visite plus dynamique. Chaque support apporte une information différente : les photographies capturent les visages et les paysages, les vidéos montrent les gestes des plongeuses, tandis que les objets permettent de comprendre concrètement leur travail.

Pourquoi la scénographie accorde-t-elle une si grande place aux paysages de Jeju ?
L'île est un personnage à part entière de l'exposition. Les paysages volcaniques, la mer et le mont Hallasan permettent de comprendre que le mode de vie des haenyeo est indissociable de leur environnement naturel.

Quel rôle joue la lumière dans la scénographie ?
La lumière accompagne le parcours sans prendre le dessus sur les œuvres. Elle met en valeur les objets et les photographies tout en créant une atmosphère calme, propice à la contemplation et à l'immersion.


Fragment d’Oeuvre

Île de Jeju, vivre avec la mer


Portraits des haenyeo

Série de photographie, Kim Hyung-sun, 2012 - ??

Kang Sunok à Hamo (Jeju, 2014),
Série Portraits des haenyeo,
Kim Hyung-sun, Centre Culturel Coréen,
Paris, © Photographie de l’auteur
Avec sa série Portraits des haenyeo, le photographe coréen Kim Hyung-sun rend hommage aux célèbres plongeuses de l'île de Jeju, gardiennes d'un savoir-faire inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Depuis 2012, l'artiste a parcouru l'île pendant près de dix ans, photographiant plus de 300 haenyeo afin de préserver la mémoire de cette tradition en voie de disparition.

Contrairement aux représentations documentaires qui montrent les plongeuses en pleine mer, Kim Hyung-sun choisit de les photographier immédiatement après leur sortie de l'eau, devant un fond blanc. Ce dispositif épuré efface le paysage maritime pour concentrer toute l'attention sur les femmes elles-mêmes. Les visages marqués par le temps, les gouttes d'eau glissant sur leurs combinaisons et les regards tournés vers l'objectif racontent la rudesse de leur métier, mais aussi leur dignité et leur force intérieure.

Hyun Okwoo Onpyeong Jeju,
2014, Série Portraits des haenyeo,
 Kim Hyung-sun, Centre Culturel Coréen,
Paris, © Photographie de l’auteur



Chaque portrait devient ainsi le témoignage d'une vie consacrée à la mer. Loin d'être de simples pêcheuses en apnée, les haenyeo apparaissent comme des femmes dont le courage, la solidarité et la résilience ont façonné l'identité de Jeju. À travers leurs traits, le photographe révèle autant les épreuves du quotidien que la fierté d'appartenir à une communauté unique.

En donnant un visage à ces plongeuses, Kim Hyung-sun dépasse le simple documentaire. Son travail invite à réfléchir à la fragilité de ce patrimoine vivant, alors que le nombre de haenyeo ne cesse de diminuer. Ces portraits deviennent ainsi des œuvres de mémoire, célébrant des femmes extraordinaires dont l'histoire continue de résonner bien au-delà des rivages de Jeju.




Les Coups de cœur de la Gazette

Île de Jeju, vivre avec la mer

N’1


The Pull of the Moon IV,
2020, photographie, Jane Jin Kaisen
& Guston Sondin-Kung,
Île de Jeju, vivre avec la mer,
Centre Culturel Coréen, Paris,
© Photographie de l’auteur

The Pull of the Moon (L’Attraction de la Lune), 2025

Jane Jin Kaisen & Guston Sondin-Kung,

Ce qui nous a particulièrement touchés dans The Pull of the Moon (L'Attraction de la Lune) est sa simplicité apparente, qui cache une profonde richesse symbolique. Au premier regard, on découvre quelques objets délicatement disposés sur une roche volcanique noire. Pourtant, plus on prend le temps de les observer, plus ils semblent raconter une histoire.

Ces bols, fruits, coquillages, fils ou petites pièces de monnaie donnent l'impression d'avoir été déposés avec une intention précise. Ils évoquent immédiatement une offrande adressée à la mer, comme un geste de gratitude ou de protection avant d'affronter l'océan. Cette lecture nous a particulièrement marqués, car elle rappelle le lien intime qu'entretiennent les haenyeo avec leur environnement : la mer est à la fois leur source de vie et une force imprévisible qui mérite respect et humilité.


L’Attraction de la Lune,
2025, photographie,
Jane Jin Kaisen & Guston Sondin-Kung,
 Île de Jeju, vivre avec la mer,
Centre Culturel Coréen, Paris, © Photographie de l’auteur





Nous avons également apprécié la manière dont Jane Jin Kaisen et Guston Sondin-Kung transforment ces objets du quotidien en véritables symboles. Rien n'est spectaculaire, et pourtant chaque élément semble avoir sa place. La composition invite le visiteur à s'interroger sur la signification de chaque objet et à imaginer les rituels qui accompagnent les plongées des haenyeo.

À nos yeux, The Pull of the Moon est une œuvre qui illustre parfaitement la dimension spirituelle de l'exposition Île de Jeju, vivre avec la mer. Elle montre que le patrimoine des haenyeo ne se résume pas à leur savoir-faire de plongeuses, mais repose également sur un ensemble de croyances, de gestes et de traditions transmis de génération en génération. Une œuvre discrète, mais particulièrement poétique, qui nous invite à regarder la mer autrement.





Les Coups de cœur de la Gazette

N’2


Les formes du tewak, cœur des haenyeo

Les formes du tewak, cœur des haenyeo,
Île de Jeju, vivre avec la mer,
Centre Culturel Coréen, Paris,
© Photographie de l’auteur

Ce qui nous a immédiatement séduits dans Outils des haenyeo de Kang Jinju, c'est l'impression de nous retrouver face aux véritables outils des plongeuses, comme si elles venaient de rentrer de la mer quelques instants auparavant. Les filets, les bouées (tewak) et les différents équipements semblent avoir été déposés là, sans mise en scène artificielle, conservant toute leur authenticité.

Nous avons particulièrement aimé pouvoir observer ces objets de si près. Les couleurs vives des bouées contrastent avec les filets et attirent immédiatement le regard. Les cordages, les matières et les traces d'usure racontent à eux seuls des années d'utilisation au contact de la mer. Cette présence très concrète des outils donne presque l'impression que les haenyeo vont revenir les récupérer pour repartir plonger.



Les formes du tewak, cœur des haenyeo,
Île de Jeju, vivre avec la mer,
Centre Culturel Coréen, Paris, © Photographie de l’auteur


Cette œuvre nous a touchés par sa simplicité. Il ne s'agit pas d'une reconstitution spectaculaire, mais d'une présentation qui met en valeur des objets du quotidien devenus les témoins d'un savoir-faire exceptionnel. En les voyant devant nous, il devient plus facile d'imaginer le travail physique des plongeuses, leur routine et le lien qu'elles entretiennent avec l'océan.

C'est précisément cette sensation de proximité qui nous a fait apprécier cette œuvre. Kang Jinju ne montre pas seulement des outils de pêche : elle donne à voir les compagnons de vie des haenyeo, des objets porteurs de mémoire et d'histoire, qui incarnent à eux seuls toute une tradition transmise de génération en génération.







DÉTAIL  DE L'EXPOSITION : 

Centre Culturel Coréen, ©Studio Architecture
Lieux : Centre Culturel Coréen
Collection temporaire
Commissaire générale : Kim Haeyoung-yoomine
Date : Du 22 Mai au 6 Septembre 2025

Source : https://www.coree culture.org/IMG/pdf/catalogue_ile_de_jeju_vivre_avec_la_mer.pdf



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