GAZETTE 018 - Silla : L'or et le sacré trésors royaux de Corée

      BREAKING NEWS


N’018 – 04 Octobre, 2026


La Gazette des Expos

Lien : 


MUSÉE GUIMET

COLLECTION TEMPORAIRE

Situé place d’Iéna à Paris, le musée national des arts asiatiques Guimet est l’un des grands musées consacrés aux arts de l’Asie en Europe. Fondé en 1889, il rassemble aujourd’hui plus de 60 000 œuvres couvrant près de 7 000 ans d’histoire, de l’Afghanistan au Japon, en passant par l’Inde, la Chine, la Corée et l’Asie du Sud-Est. Sculptures, peintures, porcelaines, textiles, estampes et objets précieux composent un parcours particulièrement riche, permettant de découvrir la diversité des cultures et des traditions artistiques asiatiques.

Au-delà de la richesse de ses collections, le Guimet propose un véritable voyage à travers les civilisations, les religions et les savoir-faire. Certaines collections, notamment celles consacrées à l’Asie du Sud- Est, comptent parmi les plus importantes conservées en Occident. Le musée ne se limite cependant pas à présenter des œuvres anciennes : ses expositions temporaires et sa programmation culturelle 
permettent également de mettre en dialogue les patrimoines 
asiatiques avec la création contemporaine. Une visite qui offre 
ainsi autant une découverte artistique qu’une ouverture sur des 
cultures et des histoires multiples.

NOTRE AVIS : 
Notre avis sur l’exposition Silla est très positif. Nous avons particulièrement apprécié la découverte de ces précieux trésors de Corée, qui nous ont permis d’en apprendre davantage sur cette période fascinante de l’histoire coréenne. L’exposition propose une atmosphère douce et apaisante, renforcée par une scénographie particulièrement intéressante qui accompagne agréablement la découverte des œuvres.
Nous avons toutefois relevé un petit point négatif : il nous a été impossible de trouver un plan indiquant l’emplacement des œuvres dans le musée, même après l’avoir demandé. Un tel outil aurait pourtant été très utile pour mieux se repérer dans l’exposition et avoir une vision d’ensemble du parcours proposé.


N’018 – 04 Octobre, 2026

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE



SILLA : L’OR ET LE SACRÉ - LES TRÉSORS ROYAUX D’UNE CORÉE ANCIENNE

Du 20 mai au 31 août 2026, le musée Guimet nous invitait à découvrir une civilisation encore relativement méconnue du public européen : le royaume de Silla. À travers Silla : l’Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée, le musée retraçait près d’un millénaire d’histoire, de 57 avant J.-C. à 935 après J.-C., en réunissant des pièces exceptionnelles provenant notamment du musée national de Gyeongju. Pour la première fois en Europe, un ensemble aussi important de trésors du Silla était présenté, dont plusieurs trésors nationaux coréens qui avaient rarement, voire jamais, quitté la Corée du Sud.

L’exposition permettait de comprendre comment pouvoir, art et spiritualité se sont développés ensemble au sein du royaume. L’or occupe naturellement une place centrale : couronnes, ceintures, pendentifs, bijoux et ornements témoignent du raffinement exceptionnel des artisans du Silla. Ces objets, souvent retrouvés dans les tombeaux royaux, ne sont cependant pas seulement présentés comme de somptueux objets précieux. Ils permettent également d’évoquer le statut des souverains, les croyances et les échanges qui reliaient alors le Silla à d’autres régions d’Asie. Au fil du parcours apparaissaient également des sculptures bouddhiques, des objets rituels, des pièces en verre, en pierre ou en métal, témoignant de l’évolution de la civilisation et de l’importance croissante du bouddhisme durant le Silla unifié, de 676 à 935.

Organisée en cinq sections thématiques, l’exposition proposait ainsi de suivre l’histoire du royaume depuis ses origines jusqu’à sa disparition, tout en faisant dialoguer les découvertes archéologiques avec les récits historiques. Le parcours ne cherchait donc pas uniquement à montrer des « trésors », mais à donner les clés pour comprendre la société qui les a produits. La ville de Gyeongju, ancienne capitale du Silla, occupait également une place importante dans cette découverte : ses tumulus royaux, ses temples et ses vestiges continuent aujourd’hui de témoigner de cette civilisation. L’exposition invitait ainsi à regarder ces objets comme les fragments d’un patrimoine encore vivant dans la Corée contemporaine.

À travers ses couronnes d’or étincelantes, ses parures délicates et ses représentations religieuses, Silla : l’Or et le Sacréproposait finalement bien plus qu'une découverte archéologique. Elle permettait de plonger dans une période fondatrice de l’histoire coréenne et de comprendre comment les objets peuvent conserver la mémoire d’un pouvoir, d’une croyance et d’une société. Une exposition particulièrement précieuse, autant par les œuvres réunies que par l’occasion exceptionnelle de voir en Europe des pièces majeures du patrimoine coréen.


QUESTIONS/RÉPONSES SUR L'EXPOSITION

1. Qu’est-ce que le royaume de Silla ?
Le Silla est l’un des anciens royaumes de la péninsule coréenne. Il existe de 57 av. J.-C. à 935 apr. J.-C. et connaît une histoire de près d’un millénaire. Sa capitale, Gyeongju, devient un important centre politique, culturel et religieux.

2. Pourquoi l’or occupe-t-il une place aussi importante dans l’exposition ?
L’or devient particulièrement associé au pouvoir royal du Silla entre le IVe et le début du VIe siècle. Les couronnes, bijoux et autres ornements retrouvés dans les tombeaux témoignent à la fois de la richesse des souverains et du savoir-faire exceptionnel des artisans.

3. Les couronnes en or étaient-elles portées au quotidien ?
Pas nécessairement. Les couronnes et parures découvertes dans les tombeaux royaux semblent être liées au statut et aux pratiques funéraires. Elles témoignent surtout du rang exceptionnel de la personne à laquelle elles étaient associées et de la place symbolique de l’or dans la société du Silla.

4. Pourquoi retrouve-t-on autant de trésors dans les tombeaux ?
Les tombeaux royaux du Silla étaient également des lieux où étaient déposés des objets précieux. Ces découvertes archéologiques permettent aujourd’hui de mieux comprendre les pratiques funéraires, les croyances et le statut des élites du royaume. Les imposants tumulus de Gyeongju constituent encore aujourd’hui une trace majeure de cette histoire.

5. Pourquoi les objets sont-ils parfois décorés de formes végétales ou animales ?
Ces motifs ne sont pas seulement décoratifs. Ils peuvent participer à un langage symbolique associé au pouvoir, à la nature ou aux croyances. Les formes particulièrement reconnaissables des couronnes du Silla, par exemple, témoignent d’un univers artistique très riche.

6. Comment le Silla est-il devenu une puissance importante en Asie ?
Le royaume s’est développé grâce à son affirmation politique, mais aussi grâce aux échanges avec ses voisins. Les objets retrouvés montrent que le Silla était connecté à de nombreuses régions : Japon, Chine, Asie centrale, monde des steppes et même, indirectement, aux mondes méditerranéens.

7. Pourquoi trouve-t-on du verre parmi les trésors du Silla ?
La présence d’objets en verre témoigne des échanges qui existaient entre le Silla et des régions éloignées. Certains matériaux et objets circulaient sur de vastes réseaux commerciaux, faisant du royaume un véritable carrefour en Asie orientale.

8. Quelle place occupe le bouddhisme dans l’histoire du Silla ?
Le bouddhisme prend une importance considérable, notamment durant la période du Silla unifié, de 676 à 935. Il devient une force spirituelle et participe à la protection symbolique du royaume. Les matériaux précieux, autrefois particulièrement associés aux tombes royales, sont alors également utilisés dans les temples, les pagodes, les reliquaires et les images religieuses.

9. Le bouddhisme était-il la seule croyance du Silla ?
Non. L’exposition rappelle que plusieurs traditions spirituelles ont marqué la société du Silla. Le bouddhisme côtoyait notamment des pratiques et croyances issues du chamanisme et d’autres traditions religieuses.

10. Pourquoi Gyeongju est-elle si importante ?
Gyeongju était la capitale du royaume de Silla. La ville conserve encore aujourd’hui de nombreux témoignages de cette période : tumulus royaux, temples, pagodes et vestiges monumentaux. Elle constitue ainsi un véritable paysage historique où patrimoine ancien et ville contemporaine se rencontrent.

11. Pourquoi parle-t-on de « trésors royaux » ?
Parce que de nombreuses pièces présentées sont liées aux souverains et aux élites du royaume, notamment les objets retrouvés dans les tombes royales. Certaines pièces présentées à Guimet sont également classées parmi les trésors nationaux de Corée. L’exposition réunissait ainsi des œuvres particulièrement importantes pour le patrimoine coréen.

12. Pourquoi cette exposition est-elle exceptionnelle en France ?
Le musée Guimet a réuni, avec le musée national de Gyeongju et d’autres institutions, un ensemble majeur de pièces du Silla. De nombreux trésors nationaux présentés n’avaient encore jamais quitté la Corée du Sud. L’exposition constituait donc une occasion rare de découvrir ces œuvres en Europe.

13. Que nous apprennent ces objets sur la société du Silla ?
Ils permettent d’observer les différences de statut, les pratiques funéraires, les croyances et les goûts artistiques de la société. Les objets précieux montrent également l’importance accordée au pouvoir et à sa représentation, tandis que les œuvres religieuses témoignent de l’évolution spirituelle du royaume.

14. Pourquoi l’exposition s’intitule-t-elle « L’Or et le Sacré » ?
Le titre met en relation deux dimensions essentielles du Silla. D’un côté, l’or évoque le pouvoir royal, les tombeaux et le prestige des élites. De l’autre, le sacré renvoie aux croyances et notamment au développement du bouddhisme. L’exposition montre ainsi comment pouvoir, art et spiritualité se sont progressivement mêlés.

15. Pourquoi ces objets sont-ils encore importants aujourd’hui ?
Ils ne sont pas uniquement les vestiges d’une civilisation ancienne. Ils participent toujours à la mémoire culturelle de la Corée du Sud. À travers la préservation de Gyeongju et de ses monuments, mais aussi grâce aux musées qui conservent ces œuvres, l’héritage du Silla continue d’être étudié, transmis et valorisé.



Fragment d’Oeuvre

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE


Couronne

Inconnu, Corée, Gyeongju, tombe de la Couronne d’or
Ve siècle, Or, jade, 27,7 × 19 cm, Séoul, musée national de Corée, Bongwan 9435

Parmi les pièces les plus impressionnantes de l’exposition Silla : l’Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. J.-C.–935 apr. J.-C.), présentée au musée Guimet, la couronne en or accompagnée de sa ceinture témoigne de l’importance accordée aux objets précieux dans la société du royaume de Silla. Daté du Ve siècle, cet ensemble provient de Gyeongju, ancienne capitale du royaume, et a été découvert dans la tombe aujourd’hui connue sous le nom de tombe de la Couronne d’or (Geumgwanchong). La couronne est conservée au musée national de Gyeongju sous le numéro Bongwan 9435.


L'or occupe une place essentielle dans la représentation du pouvoir à Silla. À partir du IVe siècle et particulièrement durant la période des Maripgan, les souverains et les membres de l'élite sont associés à des objets en or d'une grande richesse. La couronne n'est donc pas seulement un élément vestimentaire : elle constitue un marqueur d'autorité et de statut, mais également un objet chargé d'une dimension spirituelle. Le musée national de Corée souligne ainsi que la couronne et la ceinture représentaient l'autorité sacrée du souverain.

Cette association entre couronne, ceinture, or et lumière résume finalement assez bien le propos de l'exposition. Le musée Guimet cherchait à montrer comment, durant la période du Silla, art, pouvoir et spiritualité se sont progressivement entremêlés. Les trésors funéraires deviennent alors bien plus que des objets anciens : ils permettent de comprendre une société dans laquelle le prestige matériel pouvait également exprimer une position politique et une relation particulière au monde spirituel.



Focus Scénographie

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE



Plonger dans l’espace


Plutôt que de multiplier les effets scénographiques, Silla : l’Or et le Sacré fait le choix de laisser la lumière révéler les œuvres. L’or devient ainsi le véritable acteur de la scénographie : il capte les éclairages, apparaît puis disparaît selon l’angle du regard et donne au parcours une atmosphère presque silencieuse, où la préciosité des objets se suffit à elle-même.



Le choix de la sobriété


Ce qui m’apparaît particulièrement réussi est justement le fait que la scénographie ne cherche pas à rivaliser avec les œuvres. Les objets présentés sont pour la plupart exceptionnels et certains trésors nationaux n’avaient jamais quitté la Corée du Sud avant cette exposition. Une mise en scène trop spectaculaire aurait pu détourner l’attention de leur matérialité.

Ici, la sobriété crée au contraire une forme de calme. Les vitrines deviennent presque des écrins et permettent au visiteur de prendre le temps de regarder. Cette retenue donne à l’exposition une atmosphère à la fois précieuse et contemplative, particulièrement adaptée à des objets qui ont autrefois accompagné des souverains, des défunts ou des pratiques religieuses.





Dans les coulisses de la scénographie



UNE SCÉNOGRAPHIE QUI FAIT BRILLER L’OR SANS LE SURJOUER

L’un des points les plus intéressants de la scénographie de Silla : l’Or et le Sacré réside dans le rapport entre la lumière et les matériaux précieux. Alors que l’exposition présente de nombreux objets en or, en jade, en verre, en bronze ou en pierre, la mise en lumière reste volontairement maîtrisée. Une scénographie décrite comme minimaliste et accompagnée d’une lumière tamisée permet de concentrer le regard sur les œuvres plutôt que de transformer l’exposition en démonstration spectaculaire de richesse.

Ce choix fonctionne particulièrement bien avec les trésors du royaume de Silla. Les couronnes, bijoux et ornements en or deviennent de véritables points lumineux dans l’espace : leurs reliefs accrochent la lumière, tandis que les parties laissées dans l’ombre renforcent la finesse des détails. Le visiteur est ainsi amené à s’approcher pour observer les petites pièces de jade, les motifs, les pendentifs ou encore les éléments végétaux des couronnes. La lumière ne sert donc pas seulement à éclairer les vitrines : elle participe à la hiérarchisation du regard.

Cette maîtrise de la lumière prend également tout son sens dans le parcours de l’exposition. Celui-ci est organisé en cinq sections thématiques et retrace près d’un millénaire d’histoire, depuis les origines du Silla jusqu’à sa disparition en 935. Le propos met progressivement en relation pouvoir royal, pratiques funéraires, échanges, art et spiritualité.

La scénographie semble ainsi éviter de créer une opposition trop forte entre les objets liés au pouvoir et ceux liés au religieux. Au contraire, l’ambiance feutrée permet de créer une continuité entre ces différentes dimensions. L’or n’est pas présenté uniquement comme un signe de richesse : il renvoie également au statut, au rituel et au sacré. Cette approche rejoint le propos même de l’exposition, qui montre comment art, spiritualité et pouvoir se sont étroitement mêlés dans la civilisation du Silla.

QUESTIONS/RÉPONSES SUR LA SCÉNOGRAPHIE

Pourquoi la scénographie reste-t-elle relativement sobre ?
La scénographie laisse une place importante aux œuvres elles-mêmes. Ce choix est particulièrement adapté à une exposition qui présente de nombreux objets précieux et plusieurs trésors nationaux coréens. Plutôt que de multiplier les éléments décoratifs, le parcours permet aux couronnes, bijoux, sculptures et objets rituels de constituer les principaux points d’attention du visiteur.

Quel rôle joue la lumière dans l’exposition ?
La lumière participe directement à la mise en valeur des œuvres. Elle attire notamment le regard vers les objets en or, dont les surfaces peuvent réfléchir la lumière et faire ressortir les détails de leur fabrication. Dans une exposition où l’or constitue l’un des marqueurs majeurs du royaume de Silla, l'éclairage devient donc un véritable outil scénographique.

Comment mettre en valeur des objets parfois très petits ?
Couronnes, pendentifs, bijoux ou ornements nécessitent une observation rapprochée. Les vitrines permettent de créer une distance de protection tout en rapprochant visuellement le visiteur des objets. Cette présentation donne également de l'importance aux détails : motifs, formes, matériaux et techniques de fabrication.

Comment raconter près de mille ans d’histoire dans une seule exposition ?
Le parcours a été conçu pour proposer une histoire aussi linéaire que possible du premier millénaire de la péninsule coréenne. Les œuvres sont ainsi utilisées pour raconter différentes étapes de l’histoire du Silla, depuis ses origines jusqu’au royaume unifié. La scénographie accompagne donc aussi un récit historique, et pas uniquement une succession d’objets. 

Pourquoi mélanger des objets précieux et des objets plus ordinaires ?
Les couronnes d’or sont probablement les objets qui attirent immédiatement l’attention, mais elles sont présentées aux côtés d’armes, d’objets du quotidien, de sculptures ou encore de découvertes archéologiques plus modestes. Ce rapprochement permet de ne pas réduire le Silla à ses trésors : chaque objet participe à la compréhension de la société, de ses croyances, de ses échanges et de ses savoir-faire.
 
Comment la scénographie fait-elle comprendre le lien entre l’or et le pouvoir ?
L’or est présenté comme l’une des signatures du royaume, notamment à travers les trésors provenant des tombeaux royaux. Les couronnes, parures et bijoux ne sont donc pas seulement montrés pour leur beauté : leur présence dans le parcours permet d’évoquer le statut et le pouvoir des souverains du Silla. 

Comment faire ressentir le caractère sacré des œuvres ?
Le parcours ne se limite pas aux objets liés au pouvoir royal. Il présente également l’évolution des pratiques spirituelles et l’importance croissante du bouddhisme durant le Silla unifié. Les sculptures, reliquaires et objets religieux introduisent ainsi une autre dimension dans le parcours : celle du sacré. 

Comment faire voyager le visiteur jusqu’à Gyeongju sans quitter Paris ?
L’exposition cherche à évoquer Gyeongju, ancienne capitale du Silla, et son paysage composé notamment de montagnes, de tombeaux et de temples. Des dispositifs multimédias complètent les œuvres : le commissaire Arnaud Bertrand mentionne notamment une reconstitution du sanctuaire de Seokguram, une animation du mythe fondateur et des représentations de la vallée des tombes royales. 

Pourquoi intégrer des dispositifs multimédias à une exposition archéologique ?
Certains lieux ou monuments du Silla ne peuvent évidemment pas être présentés physiquement dans les salles du musée. Les dispositifs multimédias permettent alors de donner une représentation de ces espaces et d'aider le visiteur à comprendre leur contexte. Ils complètent ainsi les objets archéologiques sans les remplacer. 

La scénographie cherche-t-elle à reproduire Gyeongju ?
Pas exactement. Le parcours ne cherche pas à reconstruire entièrement la ville ancienne, mais à donner au visiteur des clés pour l'imaginer et comprendre son importance. Le musée présente notamment Gyeongju comme une ville où le patrimoine du Silla demeure visible dans le paysage contemporain. 

Pourquoi le parcours fait-il dialoguer art, spiritualité et pouvoir ?
C’est l’un des principes fondamentaux de l’exposition. Les objets permettent de montrer que ces trois dimensions sont étroitement liées dans l’histoire du Silla : les objets funéraires témoignent du pouvoir royal, tandis que l’évolution du bouddhisme transforme progressivement les pratiques artistiques et religieuses. Le parcours construit donc des liens entre les œuvres plutôt que de les présenter comme des objets isolés. 

Une scénographie peut-elle être spectaculaire sans être spectaculaire elle-même ?
Oui, et c’est justement ce qui peut être intéressant dans Silla. Les œuvres possèdent déjà une forte présence visuelle : couronnes d’or, bijoux, sculptures et objets rituels. La scénographie peut alors choisir de les accompagner plutôt que de rivaliser avec elles. Le spectaculaire naît ainsi en grande partie de la rencontre entre l’objet, la lumière, l’espace et le regard du visiteur.



Fragment d’Oeuvre

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE




Bougeoir

Inconnu, Corée, exacte inconnue, VIIIe - Xe siècle Bronze doré, quartz, améthystes, 36,8 × 28 cm

Présenté dans l’exposition Silla : l’Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. J.-C.–935) au musée Guimet, ce bougeoir témoigne d’une autre facette de l’art de la période de Silla. Daté entre le VIIIe et le Xe siècle, il se distingue par l’association du bronze doré, du quartz et de l’améthyste. D’une hauteur de 36,8 cm pour 28 cm de largeur, l’objet appartient aujourd’hui à une collection privée du parcours présenté au Guimet et est conservé au Leeum, Samsung Museum of Art à Séoul. Sa provenance géographique précise en Corée demeure inconnue.



À première vue, le bougeoir peut sembler être un simple objet destiné à produire de la lumière. Pourtant, ses dimensions, son travail du métal et surtout l’utilisation de pierres telles que le quartz et l’améthyste montrent qu’il dépasse largement la fonction utilitaire. 

Le bronze doré donne à l'objet une apparence lumineuse, tandis que les pierres introduisent des variations de couleurs et de transparence. Le choix de ces matériaux précieux transforme ainsi un objet lié à l'éclairage en véritable objet de représentation.

Ce bougeoir est particulièrement intéressant parce qu'il se situe à la frontière entre fonction et représentation. Sa fonction première est liée à la lumière, mais le soin apporté au bronze doré et l'intégration du quartz et de l'améthyste lui donnent une dimension esthétique qui dépasse la simple nécessité.







Les Coups de cœur de la Gazette

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE

N’1


Casque de protection de cheval

Silla, Corée, Gyeongju, Sara-ri, tombe 65, Ve siècle, fer, L. 48 cm


Présenté dans l’exposition Silla : l’Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. J.-C.–935) au musée Guimet, ce casque de protection destiné au cheval témoigne de l’importance de l’animal dans la société de Silla. Daté du Ve siècle, il a été découvert à Gyeongju, dans la tombe 65 de Sara-ri, et est réalisé en fer. Avec ses 48 cm de longueur, cet équipement appartient à un ensemble funéraire lié à la pratique équestre et militaire. Il est aujourd’hui conservé au Gyeongju National Museum, sous le numéro d’inventaire Sara 1471.

Contrairement aux couronnes en or ou aux bijoux qui attirent immédiatement le regard dans l’exposition, cet objet est beaucoup plus sobre. Sa matière, le fer, renvoie directement à sa fonction protectrice. Il permet pourtant de comprendre un aspect essentiel de la puissance de Silla : le cheval n’est pas simplement un moyen de déplacement. Il participe à la représentation du statut, à la guerre 
et à la démonstration de la puissance de l’élite.


Aujourd'hui, ce casque n'est plus associé à un animal ni à un cavalier. Exposé derrière une vitrine, il est devenu un objet archéologique permettant de reconstituer une partie de l'histoire de Silla.

Son intérêt réside justement dans cette capacité à faire apparaître, derrière une pièce de métal apparemment austère, tout un monde disparu : celui des chevaux, des cavaliers, des guerriers et des élites de Gyeongju.

Dans l'exposition du Guimet, il apporte ainsi un contrepoint aux objets en or. Là où la couronne montre le pouvoir par la préciosité et l'apparat, le casque de cheval l'évoque par la maîtrise technique, la protection et l'équipement militaire. Ensemble, ces objets permettent de comprendre une société où le prestige pouvait se manifester aussi bien dans la parure que dans la capacité à posséder, équiper et mobiliser un cheval.




Le coin des découvertes

SILLA : L'OR ET LE SACRÉ TRÉSORS ROYAUX DE CORÉE




Catalogue d’exposition - Silla : l’Or et le sacré

Coédition Lienart éditions avec le musée musée national des arts asiatiques - Guimet, Paris, 2026, 224 pages.


Le catalogue de Silla : l’Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée constitue un prolongement naturel de l’exposition présentée au musée Guimet. Réalisé en coédition par le musée Guimet et Lienart Éditions, cet ouvrage de 224 pages rassemble des textes et de nombreuses illustrations consacrés au royaume de Silla, de ses origines au Xe siècle. Il permet ainsi de retrouver les œuvres découvertes dans les salles, mais aussi d’approfondir leur contexte historique, artistique et religieux.

L’intérêt du catalogue est également de prendre le temps d’explorer ce que l’exposition ne peut pas toujours développer lors d’une visite. Orfèvrerie, objets funéraires, bouddhisme, mythologie, architecture et échanges avec les royaumes voisins y permettent de mieux comprendre les liens entre pouvoir, spiritualité et création artistique. En revenant sur ces différents aspects, le livre prolonge donc l’expérience de l’exposition et offre une autre manière d’appréhender l’héritage du Silla, encore présent aujourd’hui dans le patrimoine coréen.

Le voyage du moine Hyecho

Donald S.Lopez, TheUniversity of Chicago Press, 2017,

Le voyage du moine Hyecho est une découverte particulièrement intéressante à associer à l’exposition Silla : l’Or et le Sacré, puisqu’il permet d’aborder le royaume de Silla à travers les déplacements et les échanges. Originaire de Silla, Hyecho entreprend au VIII
e siècle un long voyage à travers l’Asie afin de découvrir les terres du bouddhisme. Son récit témoigne ainsi d’un monde où les moines, les marchandises, les idées et les pratiques religieuses circulent entre différentes régions d’Asie.

Cette dimension du voyage fait directement écho à l’exposition, qui montre que Silla n’était pas un royaume isolé. Les objets présentés témoignent eux aussi de nombreux échanges avec la Chine, le Japon, l’Asie centrale et jusqu’aux mondes méditerranéens. Le récit de Hyecho permet donc de compléter les objets exposés par une expérience humaine de ces circulations, tout en donnant une place particulière au développement du bouddhisme durant le Silla unifié. À travers son voyage, c’est ainsi un autre visage de cette civilisation qui apparaît : celui d’un royaume connecté à un vaste réseau culturel et religieux.

Le Roi et le Clown

Historique/Drame, 2h00, 2008
De : Lee Jun-ik
Avec: Woo-seong, Kam,Jin-yeong,etc...

Sorti en 2008, Le Roi et le Clown de Lee Joon-ik nous transporte dans la Corée du XVIe siècle, sous le règne du roi Yeonsan, bien après la période du Silla. Le film raconte l’histoire de deux artistes ambulants qui se retrouvent à la cour après avoir tourné en dérision le souverain dans leurs spectacles. À travers le théâtre, la danse, les acrobaties et les performances populaires, le film montre comment les artistes peuvent aussi devenir des acteurs du pouvoir, en reflétant ou en questionnant l’image du souverain.

Ce décalage historique n’empêche pas le film de faire écho à Silla : l’Or et le Sacré. L’exposition montre elle aussi combien l’art était étroitement lié au pouvoir et à la représentation de celui-ci : les couronnes, bijoux et objets précieux du royaume témoignent d’une volonté d’affirmer le statut et la puissance des élites. Le film permet ainsi de prolonger cette réflexion en observant, plusieurs siècles plus tard, comment la cour, le spectacle et les artistes participent à leur tour à la construction de l’image du pouvoir. Deux époques différentes, mais une même question : comment l’art peut-il représenter, servir ou remettre en question le pouvoir ?

Zones historiques de Gyeongju

Documentaire, 2min 16, 2000
De : Unesco 
https://whc.unesco.org/fr/list/976/video/

Pour prolonger la découverte de Silla : l’Or et le Sacré, pourquoi ne pas partir à Gyeongju, ancienne capitale du royaume de Silla ? Une courte vidéo de l’UNESCO, consacrée aux sites historiques de la ville, permet de découvrir les traces encore visibles de cette civilisation : tumulus, temples, pagodes, sculptures bouddhiques et vestiges de palais. Gyeongju conserve ainsi une grande partie du patrimoine architectural et religieux développé pendant les siècles de domination du Silla, faisant de la ville un véritable témoignage de cette histoire millénaire.

Cette découverte complète l’exposition du musée Guimet en changeant de point de vue. Alors que les salles présentent des objets précieux, des bijoux, des couronnes et des œuvres religieuses, le documentaire permet de les replacer dans leur environnement d’origine. Il montre notamment comment le patrimoine du Silla s’inscrit encore dans le paysage de Gyeongju et comment les monuments, les paysages et les vestiges participent à la mémoire de cette civilisation. Une manière de poursuivre la visite en passant de l’objet exposé au territoire qui lui donne son sens.



Portrait d'Artiste

Yee Sookyung





Née en 1963 à Séoul, Yeesookyung est une artiste sud- coréenne qui vit et travaille toujours dans sa ville natale. Elle étudie la peinture à la Seoul National University, où elle obtient un diplôme de licence en 1987 puis un master en 1989.

À partir des années 1990, sa pratique s’élargit à la sculpture, l’installation, la vidéo, la performance et le dessin. Son travail s’intéresse notamment aux relations entre tradition et modernité, mémoire et transformation. Elle est particulièrement connue pour sa série Translated Vase, dans laquelle elle assemble des fragments de céramiques coréennes brisées afin de leur donner une nouvelle forme.

Quand les fragments deviennent œuvres

Que peut-on faire d’un objet cassé ? Le jeter, le réparer, ou lui donner une nouvelle forme ? Pour l’artiste sud-coréenne Yeesookyung, la fracture n’est pas une fin. Elle devient au contraire le point de départ d’une nouvelle création. Née à Séoul en 1963, l’artiste est diplômée de la Seoul National University, où elle étudie la peinture. Depuis les années 1990, elle développe une pratique qui mêle sculpture, dessin, installation et vidéo, en s’intéressant notamment aux notions de transformation, de mémoire et de spiritualité.

Son travail est particulièrement connu pour la série Translated Vase, commencée au début des années 2000. L’artiste récupère des fragments de céramiques abandonnés par des potiers, notamment des morceaux provenant de vases traditionnels coréens. Plutôt que de tenter de reconstituer l’objet d’origine, elle assemble ces fragments pour créer des formes entièrement nouvelles. Les morceaux sont reliés avec de l’époxy puis soulignés par de la feuille d’or 24 carats. Le résultat ressemble parfois à un vase déformé, à une créature ou encore à une sculpture monumentale.



Yee Sookyung




ENTRE TRADITION ET CRÉATION CONTEMPORAINE

La céramique occupe une place particulière dans l'histoire artistique coréenne. En utilisant des fragments de récipients inspirés de cette tradition, Yeesookyung ne cherche pourtant pas à reproduire fidèlement les formes anciennes. Elle les déconstruit, les mélange et les transforme.

Cette démarche crée un dialogue entre patrimoine et création contemporaine. Les fragments conservent quelque chose de leur histoire, de leur forme ou de leur décor d'origine, mais leur assemblage leur donne une nouvelle identité. L'œuvre devient alors un espace de rencontre entre plusieurs temporalités : celle de l'objet ancien, celle de sa destruction et celle de sa renaissance artistique.

Cette réflexion rejoint plus largement les recherches de l'artiste sur la rupture et la reconstruction. Le National Museum of Modern and Contemporary Art de Corée décrit ainsi son travail comme une réflexion sur les processus de « breakage and mending », de rupture et de réparation, associés à la mémoire et à l'expérience collective coréenne.

DES ŒUVRES COMME DES CRÉATURES

Les Translated Vases ont souvent des formes surprenantes. Elles semblent parfois sur le point de se renverser, de se déployer ou de se transformer sous nos yeux. Certaines peuvent évoquer des organismes fantastiques ou des créatures hybrides.

L'artiste joue ainsi avec notre manière de regarder un vase. Traditionnellement associé à la stabilité, à la symétrie et à la perfection de sa forme, le vase devient chez Yeesookyung quelque chose d'instable et de presque vivant. Les fragments s'emboîtent de manière irrégulière et les lignes dorées accentuent les différentes parties de la sculpture.

L'une des œuvres les plus monumentales de cette série est Translated Vase, 2017 TVBGJW 1, Nine Dragons in Wonderland, réalisée en 2017. Elle mesure près de 4,92 mètres de hauteur et rassemble des fragments de céramique, de l'époxy, de la feuille d'or 24 carats ainsi qu'une structure métallique.

DONNER UNE NOUVELLE VIE AUX MORCEAUX

Chez Yeesookyung, le fragment n'est donc pas seulement ce qui reste d'un objet disparu. Il possède encore une possibilité de transformation.

Son travail nous invite à regarder autrement ce que nous considérons habituellement comme imparfait, cassé ou inutilisable. Les fragments ne sont pas effacés pour retrouver une forme idéale : ils sont assemblés, conservés et mis en évidence. La cicatrice devient alors une forme de beauté.

À travers ses œuvres, Yeesookyung questionne ainsi notre rapport à la perfection, au patrimoine et à la transformation. Ses sculptures montrent qu'un objet peut avoir plusieurs vies et qu'une rupture peut aussi devenir le commencement d'une nouvelle histoire.


Yee Sookyung





QUAND LE CORPS DEVIENT MATIÈRE

Mais les céramiques ne représentent qu'une partie de son univers. Dans Flame et Flame Variation, Yeesookyung s'intéresse notamment à la forme de la flamme et à son mouvement. Elle explore ainsi une matière qui semble constamment se transformer, entre stabilité et disparition. Ces œuvres montrent son intérêt pour les phénomènes naturels et les formes qui échappent à une représentation fixe. Flame Variation faisait notamment partie de l'exposition Constellation Gemini au National Museum of Modern and Contemporary Art de Corée en 2012. 

Son travail s'étend également au dessin et à la peinture. Avec Daily Drawing ou encore Past Life Regression Painting, l'artiste explore des formes plus intimes et introspectives. Ces œuvres permettent d'aborder une autre dimension de sa pratique : celle du souvenir, de l'imaginaire et de l'expérience intérieure. Dans l'exposition When I Become You, ces peintures et dessins étaient présentés aux côtés de ses sculptures, créant un dialogue entre différentes manières de représenter le corps et l'identité. 

ENTRE VISIBLE ET INVISIBLE

La spiritualité occupe également une place importante dans son travail. Avec Portable Temple, Yeesookyung imagine une forme de temple transportable, faisant entrer l'espace religieux dans un objet contemporain. Elle s'intéresse alors à la manière dont un objet peut devenir un espace de contemplation et à la relation entre matière et expérience spirituelle.

Cette recherche apparaît également dans des œuvres comme All Asleep, Tear Drop ou When I Become You. Les titres eux-mêmes évoquent le sommeil, les larmes, la transformation ou encore la rencontre avec l'autre. L'artiste joue ainsi avec l'idée d'un passage entre différents états : veille et sommeil, matière et esprit, objet et être vivant. Ces œuvres ont notamment été réunies lors de ses expositions à Daegu et Taipei en 2015. 

TRADUIRE PLUTÔT QUE REPRODUIRE

Ce qui relie finalement ces pratiques très différentes est peut-être cette idée de transformation. Yeesookyung ne cherche pas à reproduire fidèlement une forme existante. Elle la déplace, la fragmente, l'assemble ou la réinterprète.

Cette idée est particulièrement visible dans son travail autour de la céramique. En 2001, avant les Translated Vase telles qu'on les connaît aujourd'hui, elle avait déjà réalisé à Albisola, en Italie, un projet autour de douze vases inspirés d'un poème consacré à la porcelaine blanche de la dynastie Joseon. Elle avait demandé à une potière italienne de créer ces vases à partir de sa propre interprétation du texte. La tradition coréenne devenait alors quelque chose qui pouvait être traduit, interprété et transformé par un autre regard. 

UNE OEUVRE EN CONSTANTE MÉTAMORPHOSE

De la céramique au dessin, de la sculpture à la vidéo, Yeesookyung construit ainsi une œuvre difficile à enfermer dans une seule catégorie. Ses créations parlent de ce qui change, de ce qui se brise et de ce qui peut renaître sous une autre forme.

Chez elle, transformer n'est pas effacer : c'est conserver une trace tout en lui permettant de devenir autre chose. Les fragments de céramique gardent leur histoire, les formes anciennes deviennent contemporaines et les objets peuvent prendre une dimension presque corporelle ou spirituelle. C'est cette capacité à faire dialoguer tradition et création contemporaine, matière et imaginaire, passé et présent qui fait la singularité de son travail.








DÉTAIL  DE L'EXPOSITION : 



Lieux : Musée National des arts asiatiques-Guimet
Collection Temporaire
Date : 20 Mai 2026 au 31 Août 2026 
Commissariat : Arnaud Bertrand
Source : https://www.guimet.fr/fr/expositions/silla-lor- et-le-sacre-tresors-royaux-de-coree-57-av-j-c-935





Commentaires

Articles les plus consultés